le buggy, un sport moteur à petit prix?
Écrit par François Rouger   
04-10-2010
Article n°48 du 04/04/2010
Texte François ROUGER, photos Franck MATHON  

Le buggy, un sport-moteur à petit prix ?

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Les buggies sont encore peu nombreux à se présenter sur la grille de départ …

Dorénavant les pilotes de buggies peuvent avoir accès à des compétitions qui leur sont réservées. Il est donc possible de s’aligner sur une grille de départ au volant d'un de ces engins atypiques. Quelles sensations ? Quel coût ? Comment se définit cette nouvelle catégorie de sport moteur ?
Gros pourvoyeur de sensations, le buggy en compétition est promis à un bel avenir pour autant que sa trajectoire soit pensée et balisée par ceux qui en auront la charge.





photo 2.jpgSensations

Au départ, les émotions sont intenses

Ca y est ! Vous êtes appelé sur la grille de départ… Votre rythme cardiaque commence à s’accélérer. Vous suivez le véhicule d’assistance jusqu’à votre place en vous demandant toujours comment le pilote qui vous précède a pu faire un meilleur temps que le vôtre lors des essais chronométrés, tant vous avez eu l’impression d’aller vite vous-même… Vous êtes bien sanglé dans votre harnais et constatez que votre rétroviseur est mal réglé. Trop tard ! Il faudra bien faire avec.  De toute façon vous espérez bien jouer plus de l’avertisseur sonore pour prévenir vos dépassements que du coup d’œil vers l’arrière pour surveiller ceux qui iront plus vite…
Enfin… Cela c’était avant… Avant que vos lunettes commencent à s’embuer sous la pression qui vous oppresse la poitrine… le doute s’insinue… Et si les autres étaient vraiment plus forts ? Et si votre ambition ne devait pas se résoudre à tenter de limiter les dégâts, et attendre que le temps défile avant que vous n’ayez d’accident ?

Vous êtes en train de vivre l’essence du sport-moteur ! Votre motivation se mesure à la confrontation directe avec vos concurrents. Vous êtes assailli par une foule de pensées et d’émotions… Puis le drapeau s’abaisse ! Vos neurones déconnectent ! Votre pied droit devient subitement enragé. Votre lucidité paraît s’envoler d’un seul coup. C’est parti ! Vous êtes dans la course.

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Paradoxalement, c’est probablement votre capacité à dompter l’animal qui rugit en vous qui vous amènera à gérer la course pour obtenir le meilleur résultat.
Le rush du premier virage passé, vous tentez de suivre le rythme que vous vous imposez. Les virages s’enchainent, le pilotage est difficile et exigeant. Vous avez beau tenter de prendre les meilleures trajectoires, vous êtes conscients de ne pouvoir que limiter les dégâts en tenant compte, des autres, de vos erreurs, et des réactions du buggy. La vitesse vous grise, les descentes sont vertigineuses, les virages en glissade sont magiques, les passages en apesanteur inoubliables…

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Le pilotage est omniprésent. Pas question de relâcher son attention un seul instant. Le nombre de tours de volant est impressionnant. Les vitesses prises sont relativement raisonnables, rarement plus de 80 km/h, la réussite tient plus de l’efficacité à conserver la vitesse dans les virages et à ménager la machine lors des sauts.


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Résister au rush à l’entrée d’un virage, s’engager dans les sauts, prendre la meilleure trajectoire en contrôlant la glisse… Le buggy c’est 100% sensation.

Bref, la course en buggy, recèle en elle-même toutes les caractéristiques du sport-moteur en termes de sensations éprouvées. La confrontation est directe entre les concurrents, l’engagement psychologique élevé et la prise de risque conséquente. Résistance physique, gestion des paramètres de course en temps réels, la compétition  d’endurance en buggy, c’est du VRAI sport moteur.
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Un dazon 1100cc ICHIBAN à l’attaque



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A St Symphorien de Marmagne les deux Ginomoto se « tirent la bourre »

La couleur du sport, le gout du sport, mais pas du sport.

Il faut le savoir, à l’heure actuelle, seul Patrick Nugon de Compequad organise des compétitions rassemblant des SSV ou des buggies. A ce titre, il est précurseur, car aucune fédération structurée ne reconnaît pour l’instant ce type de véhicule pour en organiser l’utilisation sportive.
La loi sur le sport en France est incontournable, et chaque compétition sportive doit être organisée sous l’égide d’une fédération française habilitée par l’Etat. Or pour le moment, aucune structure nationale spécifique ou affinitaire n’a revendiqué la charge d’organiser des courses de ce type.
Pour autant, la compétition se déroule réglementairement, car le législateur a prévu ce type de situation. Le texte de l’arrêté du 19 septembre 2007 concerne les « disciplines qui ne font pas l’objet de la délégation attribuée par le Ministère chargé des sports à la Fédération Française du Sport Automobile ou à la Fédération  Française de Motocycle ». C’est sous l’égide de ce texte que le « SSV Buggy Trophy » est organisé par Compequad, qui obtient réglementairement les autorisations préfectorales.
Il est à noter que cette situation ne pourra pas perdurer. Il est à parier que les courses de buggies ont un autre avenir que celles des moissonneuses-batteuses… Si l’engouement est au rendez-vous, les fédérations de tutelles verront probablement un intérêt à venir s’occuper de l’affaire… Aux utilisateurs /compétiteurs d’être assez vigilants pour que cette activité reste du sport moteur et ne devienne pas une sous-catégorie d’un secteur d’activité commerciale. Les structures associatives existent, il faudra peut être alors les consulter…

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Les « buggy de poche » ont aussi leur place dans cette compétition, comme le prouve l’excellente 2eme place du PGO 500cc à Marmagne. 
 

Un accès à la compétition-moteur à prix raisonnable

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Seul, le Forester 1100cc d’origine a réussi à finir la manche de Fonfrède 2009

Depuis le début, le buggy et plus particulièrement les versions « de poche » ont mobilisé une population plutôt modeste qui a vu dans ces engins la possibilité de pratiquer un loisir « moteur » en engageant un budget raisonnable. Le rapport sensation/investissement a toujours été en faveur du buggy si on le compare à l’activité auto 4x4.  En compétition, il en est de même. L’engagement sur une manche du Trophy coûte  environ 250 euros.  La saison complète, soit 6 à 7 manches sur l’année, reviendra aux alentours de 1200 euros. C’est un budget raisonnable, auquel il faut rajouter le prix de l’engin, sa préparation, le coût des réparations ainsi que celui de la logistique. Les buggies engagés cette année sont tous asiatiques et valent environ 10000 euros sur le marché, voire moins. Une légère préparation châssis (amortisseurs et renforts) paraît incontournable, bien que certains engins aient couru complètement « stock ». Ce budget, casse comprise, devrait rester en dessous de 5000 euros. La logistique dépendra de votre positionnement géographique puisque les courses ont souvent lieu dans le Sud… Pour le reste, le camping ou l’hôtel alourdira différemment la facture… Mais on peut admettre que toute activité de loisir demande des déplacements et des frais de pension…
Pour finir, si on compare le coût de la compétition  « buggy » à l’effort financier que demande les autres sports-moteurs « 4 roues »,  on constate facilement que le rapport engagement financier/plaisir pris est excellent. Par comparaison, la saison en SSV (RZR S) vous reviendra 2 à 3 fois plus cher…


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Les passages en apesanteur sont magiques, mais gare  à la casse ! Mieux vaut avoir des suspensions adaptées.

L’âme de la course et ses démons

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Les kilos de boue à débarquer du buggy, n’entament pas les sourires et l’esprit sportif….

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Les pilotes Ginomoto dépannent un concurrent sur ALP/Saiting. Ici, les gens comptent plus que les machines…


Assurément, l’ambiance qui règne sur le buggy Trophy fait rêver nombre de compétiteurs dont l’esprit « fair play » s’est émoussé contre la rudesse des enjeux commerciaux. Ici, on constate une convivialité et une entraide qui va bien au-delà  de la simple politesse sportive. Il est évident que l’esprit de « pionnier » y est pour quelque chose, et que tous les protagonistes ont le sentiment de faire parti d’une minorité qui doit se serrer les coudes. Bien sur, les enjeux commerciaux existent. Comment les éluder à l’heure actuelle ? Les enseignes voient dans la compétition une vitrine où s’étalent leurs produits. C’est de bonne guerre, et de toute façon le sport aujourd’hui ne fonctionne que grâce aux images qu’il produit, et à la façon dont il est devenu une plateforme de communication pour les marques. Il faut vivre avec son temps.

Pourtant, il est nécessaire que l’esprit de convivialité qui règne sur la compétition perdure, car c’est cette ambiance qui fait une grosse part de l’attraction générée par la course. Il serait dommage que les machines et leur problématique de vente, prennent le pas sur les hommes et les femmes qui se rassemblent pour se confronter loyalement autour de leur passion. Cette problématique est commune à tous les sports moteurs, et c’est aux règlements de préserver cet équilibre. Pour le moment dans ce domaine, tout reste à faire…

Il y a déjà un débat autour du buggy homologué  « quadricycle lourd » lorsqu’il roule sur nos routes, car à l’instar du gros quad, la restriction de puissance est rarement respectée… Que deviendront les courses de buggies si les compétitions ne sont pas organisées pour favoriser les petits gabarits au détriment de la course à l’armement ? Car dans cette logique nous risquons de réinventer la course automobile… Les solutions existent, trial, limitation de taille et de puissance, tracés etc.…

Au cas où ce type de compétition s’étoffe, il faudra que les prescripteurs réfléchissent bien au projet sportif qu’ils voudront porter. Car le risque existe de voir ces courses virer sur le « tout spectaculaire » pour favoriser la médiatisation. Cela se fera forcement au détriment d’une certaine convivialité et fera perdre quelque peu au buggy sa spécificité par rapport à l’automobile.

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Sous le buggy…. La plage.